Sur les chemins du salut éternel: les pleurants du duc de Berry

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Deux pleurants en marbre du cortège funéraire du tombeau du duc de Berry (1340-1416). Jean de Cambrai (connu de 1375 à 1438), Bourges vers 1396-1416. Hauteurs: 37,5 et 37,8 cm. Estimation: 4,5 à 5,5 millions d'euros.

Deux pleurants en marbre du cortège funéraire du tombeau du duc de Berry (1340-1416).
Jean de Cambrai (connu de 1375 à 1438), Bourges vers 1396-1416.
Hauteurs: 37,5 et 37,8 cm.
Estimation: 4,5 à 5,5 millions d’euros.

Le duc Jean de Berry, vous connaissez ? Non il ne s’agit pas d’une des personnalités du Tout Paris mais d’un haut personnage du Moyen-Age, frère du roi Charles V (1338-1380) et propriétaire du fameux manuscrit des « Très Riches Heures », trésor du musée Condé. Jean de France (1340-1416), dit le Magnifique, était certainement le plus grand mécène de son temps. Bâtisseur, collectionneur, lettré (il aurait possédé plus de 300 manuscrits précieusement enluminés) il est l’image parfaite de ce Moyen-Age chevaleresque et courtois que l’on retrouve dans les « cent ballades d’amant et de dame » de Christine de Pisan.
Mais comme tout grand seigneur chrétien, le duc de Berry se préoccupait également de son passage de la vie à la mort. C’est pourquoi il commande la construction de son tombeau au sculpteur Jean de Cambrai. Le monument se compose d’un gisant reposant sur une dalle de marbre et d’un soubassement décoré de quarante pleurants. Jean de Cambrai exécute le gisant et cinq pleurants en marbre. Au décès du duc, la construction du tombeau est interrompue et reprise par d’autres sculpteurs qui réalisent des pleurants en albâtre.
Avec les vicissitudes de la Révolution, le tombeau est mutilé, pillé, en partie détruit. Il ne reste aujourd’hui que 29 pleurants dont la plus grande part est conservée dans les musées, (Le Louvre, le Metropolitan Museum ou l’Ermitage).
C’est dire à quel point la vente à Paris chez Christie’s le 15 juin prochain de deux pleurants en marbre de Jean de Cambrai est un évènement. La maison de ventes avait déjà adjugé en 2013 deux pleurants en albâtre pour un peu plus de 4 millions d’euros. Cette fois l’estimation est plus élevée ; 4,5 à 5,5 millions d’euros.

Les deux pleurants du tombeau du duc de Berry. Vue de face.

Les deux pleurants du tombeau du duc de Berry.
Vue de face.

Il est vrai que ces deux pleurants sont d’une rare perfection.
Le premier est enveloppé d’une grande houppelande recouvrant ses mains et d’un capuchon lui couvrant partiellement le visage. Les plis de son manteau sont doux et fluides. Ainsi couvert, il se protège de l’univers agité des vivants. Le second pleurant égrène son chapelet d’une main fine et délicate. Son visage marqué est celui d’un homme mûr et réfléchi. Il appartient encore au monde terrestre mais s’en détache par la méditation.
Ces deux pleurants sont des témoignages insignes de la beauté de la statuaire médiévale. Ils incitent à la méditation, au renoncement aux biens terrestres, à la recherche du salut éternel promis par la religion. En les contemplant, on approche du divin.
Christie’s Paris, vente de sculptures et objets d’art européens, 15 juin 2016. Exposition les 13, 14 et 15 juin.

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