Florilège de l’Angleterre victorienne

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Edward Coley Burne-Jones Etude pour le chariot de l'amour. Estimation: 150 000 à 200 000 euros.

Edward Coley Burne-Jones
Etude pour le chariot de l’amour.
Estimation: 150 000 à 200 000 euros.
Christie’s, 13 juillet.

Plutôt que de vous parler de peinture ancienne ou d’art contemporain, d’évoquer des records tonitruants et d’épiloguer sur l’ascension himalayenne des prix, je vais évoquer l’un de mes dadas : les préraphaélites et la peinture victorienne. Alors que la France célébrera en fanfare le 14 juillet, le jour même ou la veille les deux grandes maisons de ventes anglo-saxonnes basées à Londres (Christie’s et Sotheby’s) proposeront aux amateurs des œuvres superbes de ces artistes.

Edward Coley Burne-Jones If hope were not, heart should break. Estimation: 100 000 à 150 000 livres. Sotheby's Londres, 14 juillet.

Edward Coley Burne-Jones
If hope were not, heart should break.
Estimation: 100 000 à 150 000 livres.
Sotheby’s Londres, 14 juillet.

Leur cote est souvent élevée mais elle n’a pour le moment rien à voir avec les artistes modernes même si certains signes laissent à penser que les prix pourraient bien s’envoler. En effet un magnifique tableau de Frédéric Lord Leighton a récemment été emporté chez Christie’s Londres pour la bagatelle de 3 274 500 livres. Et dans les grands salons, notamment la TEFAF, les œuvres importantes de ces peintres sont affichés à des prix conséquents (par exemple plus de 2 millions d’euros pour un superbe pastel de Dante Gabriel Rossetti).

John William Waterhouse John William Waterhouse. Etude d'Echo pour le tableau "Echo et Narcisse". Estimation: 70 000 à 100 000 livres. Christie's, 13 juillet.

John William Waterhouse.
Etude d’Echo pour le tableau « Echo et Narcisse ».
Estimation: 70 000 à 100 000 livres.
Christie’s, 13 juillet.

Mais revenons à Londres. Les catalogues ont de quoi susciter la convoitise des amateurs. Tous les artistes de cette époque magnifient la femme, en font une déesse, une icône que les hommes vénèrent. Ils illustrent également les légendes antiques ou médiévales, certains d’entre eux traitant de scènes intimes dans le confort ouaté des intérieurs bourgeois. Seul Tuke se signale par son goût des éphèbes.

Dante Gabriel Rossetti. Etude de Marie Stillman pour une vision de Fiammetta. Estimation: 80 000 à 100 000 euros. Sotheby's 14 juillet.

Dante Gabriel Rossetti.
Etude de Marie Stillman pour une vision de Fiammetta.
Estimation: 80 000 à 100 000 euros.
Sotheby’s 14 juillet.

Le dessin de John William Waterhouse (1849-1917), une étude d’Echo pour le tableau « Echo et Narcisse » est merveilleux. Sur le tableau, la jolie nymphe des sources et des forêts, vêtue d’une toge rosée, regarde Narcisse absorbé par la contemplation du reflet de son visage dans l’eau. Sur le dessin, Echo est nue, seule, le visage régulier tourné vers la droite. On ne sait pas ce qu’elle contemple ainsi. Elle semble fragile et intriguée. Son visage est régulier, ses formes parfaites. Elle est l’image même de la beauté.

Dante Gabriel Rossetti. Etude pour "The blesses Damozel". Estimation: 20 000 à 30 000 euros. Christie's, 13 juillet.

Dante Gabriel Rossetti.
Etude pour « The blesses Damozel ».
Estimation: 20 000 à 30 000 euros.
Christie’s, 13 juillet.

Toute autre est l’étude pour le chariot de l’amour d’Edward Coley Burne-Jones (1833-1898). Des esclaves, hommes et femmes, tirent un énorme char sur lequel trône le Dieu Eros. L’artiste apporte ici une preuve éblouissante de sa maîtrise des corps tourmentés par l’amour, l’effort, les contraintes physiques ou les angoisses spirituelles. Cette étude est d’une force étonnante. En revanche, dans ses portraits féminins, comme celui de Maria Zambaco, le pinceau ou le crayon de Burne-Jones se fait doux et caressant. Son modèle est souvent pensif ou mélancolique comme s’il attendait l’être aimé depuis longtemps parti au loin. On retrouve cette délicatesse lorsque la femme sert à illustrer une légende, un dicton ou le vers d’un poème. La palette des couleurs est subtile et apporte calme et sérénité.

John William Godward. A cool retreat. Estimation: 350 000 à 450 000 euros. Sotheby's, 14 juillet.

John William Godward.
A cool retreat.
Estimation: 350 000 à 450 000 euros.
Sotheby’s, 14 juillet.

On retrouve cette subtilité de tons chez Simeon Solomon (1840-1905). Cet artiste, né dans une grande famille juive traditionnelle, a été très influencé par Rossetti. Qu’ils soient placés dans des scènes antiquisantes ou dans des intérieurs victoriens comme ce « Prélude de Bach » ses personnages sont minces, pâles, d’une beauté presque divine et asexuée. S’agirait-il pour cet artiste tourmenté par ses élans homosexuels et les arrestations humiliantes qu’ils engendraient de nier sa vraie nature en la sublimant ? On peut le croire.

Simeon Solomon. Prélude de Bach. Estimation: 70 000 à 100 000 euros. Christie's, 13 juillet.

Simeon Solomon.
Prélude de Bach.
Estimation: 70 000 à 100 000 euros.
Christie’s, 13 juillet.

En revanche chez Lawrence Alma-Tadema (1836-1912) ou John William Godward (1861-1922) c’est le triomphe du néo-classicisme victorien à la sauce antiquisante. Nos deux artistes représentent de jolies femmes ou des couples d’amoureux de la Rome Impériale dans des bâtiments rutilants de marbre et de fresques. Les costumes sont somptueux, et éclatants, les visages joyeux, les femmes délicieusement aguicheuses ou timides. C’est le triomphe d’une certaine forme de Kitsch diablement séduisant qui a certainement inspiré Cecil B DeMille et ses inoubliables péplums.

Edward Coley Burne-Jones. Portrait de Maria Zambaco. Estimation: 40 000 à 60 000 livres. Sotheby's, 14 juillet.

Edward Coley Burne-Jones.
Portrait de Maria Zambaco.
Estimation: 40 000 à 60 000 livres.
Sotheby’s, 14 juillet.

Dante Gabriel Rossetti (1828-1882) est la star incontestée des préraphaélites. Passionné de légendes arthuriennes et médiévales, il illustre ses œuvres de poèmes et fait de la femme une « bombe sensuelle ». Il portraiture souvent ses maîtresses à l’abondante chevelure rousse, faisant ainsi penser à la belle Mélisande. Les femmes qu’il représente ont une sorte de placidité, de force tranquille et d’assurance d’une grande modernité. Quand il peint des amants, ces derniers sont souvent enlacés à la manière de deux arbres dont les branches se sont entremêlées.

James Tissot. La soeur ainée. Estimation: 100 000 à 150 000 euros. Christie's, 13 juillet.

James Tissot.
La soeur ainée.
Estimation: 100 000 à 150 000 euros.
Christie’s, 13 juillet.

James Tissot occupe une place à part (1836-1906). Ce peintre français est typiquement anglais au point d’être considéré comme le seul grand peintre de la haute société victorienne. Dans de lourds intérieurs aux fauteuils capitonnés, aux tapis et tentures épaisses, aux serres envahies de potiches chinoises et de grandes plantes grimpantes, il représente la femme idéale. Belle bien entendu, toujours superbement vêtue, alanguie et faussement modeste, cultivée et attentive à ses enfants, mondaine et superbe dans ses habits de cérémonie elle symbolise toutes les qualités recherchées par l’homme victorien à la recherche de l’épouse parfaite. A contempler ses œuvres, comme cette « sœur ainée », on est plongé dans le « Le temps de l’innocence » , roman d’Edith Wharton dépeignant la haute société newyorkaise qui à l’époque singeait le mode de vie de l’aristocratie britannique.

Lawrence Alma-Tadema. Le miroir. Estimation:180 000 à 250 000 euros. Christie's 13 juillet.

Lawrence Alma-Tadema.
Le miroir.
Estimation:180 000 à 250 000 euros.
Christie’s 13 juillet.

Enfin évoquons Henry Scott Tuke (1858-1929). Il a une place à part. Souvent considéré comme un pionnier de la culture gay, cet artiste, issu d’une famille de quakers, représente de façon presque obsessionnelle des jeunes gens nus dans un environnement naturel et bucolique. Même si on ne lui connait pas d’idylle homosexuelle, il a certainement, comme Solomon, transcendé ses tendances par la peinture afin d’échapper à la condamnation d’une société victorienne corsetée dans ses convictions. Ces nus n’eurent pas beaucoup de succès. Dans l’Angleterre victorienne on pouvait collectionner de belles naïades nues en tout bien tout honneur mais pas des jeunes hommes comme ces garçons s’essuyant après la baignade. Heureusement pour lui, ses portraits, qu’on trouve rarement aujourd’hui en vente ou en galerie, se vendaient mieux.

Henry Scott Tuke. Sous le soleil de l'Ouest. Estimation: 150 000 à 250 000 euros. Sotheby's, 14 juillet.

Henry Scott Tuke.
Sous le soleil de l’Ouest.
Estimation: 150 000 à 250 000 euros.
Sotheby’s, 14 juillet.

Vente Christie’s Londres, le 13 juillet et Sotheby’s Londres le 14 juillet.

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