Vacances impressionnistes en Normandie

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Frits Thaulow Vue de la rivière Mesma Vers 1905-1906. Musée des Beaux-Arts de Reims.

Frits Thaulow
Les moulins à Montreuil -sur-Mer
Vers 1905-1906.
Minneapolis Institute of art.

C’est l’été, les vacances approchent. Cette année, vous irez en Normandie à la découverte de sa verte campagne, des plages du débarquement, des planches de Deauville, des falaises d’Etretat, du port pittoresque d’Honfleur ou de l’architecture sévère du Havre classée au patrimoine mondial de l’Unesco.
Malgré ce programme chargé, vous ne devez surtout pas manquer la troisième édition de Normandie Impressionniste. Pendant toute la période estivale, les manifestations les plus diverses et variées se succèdent et s’entremêlent pour le plus grand bonheur des vacanciers. Dans ce riche programme, plusieurs expositions méritent une visite. J’en évoquerai quatre, celles que j’ai eu le plaisir de découvrir. Mais il y en a bien d’autres qui devraient susciter votre intérêt : Jeanne Forain à Pont-Audemer, le soleil de Normandie à Saint-Lô, portraits de femmes à Vernon, Emile Blanche à Deauville, Sickert à Dieppe, Sorolla à Giverny…

Caen : Frits Thaulow, peintre de neige et d’eau

Frits Thaulow Rue à Kragero, 1882. Oslo, Nasjonalgalleriet

Frits Thaulow
Rue à Kragero, 1882.
Oslo, Nasjonalgalleriet

C’est certainement la plus belle découverte de ce festival d’expositions. En vous rendant au musée des Beaux-Arts de Caen, vous découvrirez un peintre norvégien peu connu en France : Frits Thaulow (1847-1906). Ce colosse au visage débonnaire, comme l’atteste ses portraits, arrive à Paris en 1874 et découvre Monet. Loin de le plagier, il devient un peintre écologique avant l’heure. Tout l’intéresse : les paysages de Normandie comme de Picardie, la Bretagne, les petites cités tranquilles, les immensités neigeuses à la lumière aveuglante, les fleuves, rus et étendues d’eau dont les reflets varient avec le climat et l’environnement.
Ce peintre de plein air rend la nature sensuelle et féminine. Ses œuvres sont un hymne à l’harmonie qui doit s’établir entre l’homme et son environnement. Il doit la préserver afin d’y trouver l’épanouissement. L’hiver a beau être rude, la pluie d’automne déplaisante, les nuits d’un bleu glaçant, les rivières en crue inquiétantes, le dégel fascinant et dangereux, notre terre est belle, d’une beauté telle qu’elle réchauffe le cœur de tout être humain.

Frits Thaulow Fabriques en Norvège, les deux moulins. 1905-1906. Musée des Beaux-Arts de Reims.

Frits Thaulow
Fabriques en Norvège, les deux moulins, vue de la rivière Mesma. 1905-1906.
Musée des Beaux-Arts de Reims.

Ses œuvres sont inclassables. On peut difficilement les rattacher dans leur ensemble à un mouvement précis. Naturaliste, impressionniste, symboliste, on ne sait. Peu importe. Un voyage dans l’univers de Frits Thaulow vous rend joyeux et confiant.
Exposition jusqu’au 26 septembre.

Rouen : l’illustration de l’intime

Pierre-Auguste Renoir Jeunes filles lisant, 1891. Portland Art Museum, USA.

Pierre-Auguste Renoir
Jeunes filles lisant, 1891.
Portland Art Museum, USA.

Au musée des Beaux-Arts de Rouen, vous oublierez le temps de l’exposition la nature découverte à Caen pour pénétrer les intérieurs bourgeois et cossus, connaître la vie sereine des familles, leurs occupations en villégiature. C’est la représentation d’une époque, d’une classe privilégiée, d’un monde disparu dans lequel l’inactivité et un certain ennui élégant tenaient lieu de mode de vie. Les portraits sont nombreux, les salons chargés de tentures et préservés de la lumière aveuglante du jour. On s’y abrite, on y fait la sieste, on y écrit son courrier. Dans les jardins, on s’active avec lenteur. Assis dans des fauteuils hommes et femmes conversent, lisent ou surveillent les enfants.

Berthe Morisot Eugène manet à l'île de Wight, 1875. Musée Marmottan Monet, Paris.

Berthe Morisot
Eugène manet à l’île de Wight, 1875.
Musée Marmottan Monet, Paris/bridgeman art library.

Les mondanités sont également un parcours obligé. On se doit d’être vu au Salon des Artistes français où l’on pourra côtoyer le Tout-Paris ou d’apparaître au balcon de sa loge à l’Opéra ou au théâtre. Mais on retrouve vite la douce quiétude de la vie familiale.

Claude Monet Méditation, Mme Monet au canapé. Vers 1871. RMN Grand Palais, Musée d'Orsay/Hervé  Lewandovski

Claude Monet
Méditation, Mme Monet au canapé.
Vers 1871.
RMN Grand Palais, Musée d’Orsay/Hervé Lewandovski

En parcourant les salles du musée, on a l’impression de partager l’existence quotidienne de ces personnages disparus, de partager leurs soucis et leurs petits bonheurs quotidiens. On s’éloigne de l’agitation frénétique de notre monde contemporain pour calmer le rythme et redécouvrir les plaisirs de la lenteur. On s’échappe et c’est un vrai bonheur
Exposition jusqu’au 26 septembre.

Le Havre : Boudin ou la fascination pour la mer

Eugène Boudin La plage à Trouville, 1865. Princeton University Art Museum.

Eugène Boudin
La plage à Trouville, 1865.
Princeton University Art Museum.

Au MUMA (musée d’art moderne André Malraux) face aux quais du Havre, c’est Eugène Boudin qui vous emportera dans son univers. Si vous vous réjouirez à la contemplation de jolies vaches dans les près, c’est en fait le goût de l’artiste pour la mer qui fascine.
Ses scènes de plage à Trouville ou Deauville sont merveilleuses. Sur la surface plane du sable, une population élégante et très habillée s’ébat. Les élégantes en crinoline s’abritent de leurs ombrelles, les cabines de bains sont bien alignées, les baigneurs inexistants. Les promeneurs contemplent la mer et l’agitation régulière des flots. Au loin on aperçoit des voiliers. Paris est loin et le séjour aux bains de mer est là pour faire oublier les miasmes de la capitale.

Eugène Boudin Le bassin du commerce au Havre, 1878. Collection particulière/photo C Maslard.

Eugène Boudin
Le bassin du commerce au Havre, 1878.
Collection particulière/photo C Maslard.

Dans les ports de la côte normande, les navires exhibent leur mâture et leur voilure. On se croirait à la parade comme s’il s’agissait de prouver pour chaque bateau qui est le plus beau, le plus gros, le plus puissant et le plus rapide. Les spectateurs que nous sommes les jaugent, les évaluent comme des enfants qui organisent dans un bassin une régate avec leurs modèles réduits.

Eugène Boudin Marée basse à Etaples, 1886. Musée des Beaux-Arts de Bordeaux/L Gauthier.

Eugène Boudin
Marée basse à Etaples, 1886.
Musée des Beaux-Arts de Bordeaux/L Gauthier.

Enfin il y a ces ciels bouchés par la pluie, bleus mais nuageux, clairs aux nuances d’opale. Ils envahissent la toile et nous jouons les météorologues cherchant à savoir comment le temps va évoluer. Avec Boudin, nous sommes vraiment en vacances !
Exposition jusqu’au 26 septembre

Honfleur : l’image de l’enfance

Clémence Roth Petite fille tenant une orange,1889. Musée de Morlaix/ I Guégan.

Clémence Roth
Petite fille tenant une orange,1889.
Musée de Morlaix/ I Guégan.

Plutôt qu’exposer uniquement des portraits, thème cette année du festival Normandie impressionniste, le musée Boudin présente l’enfance et la jeunesse dans la deuxième moitié du XIXe siècle et le début du XXe.

Les portraits d’enfants sages de bonne famille, bien vêtus, posant avec application devant le peintre dans un intérieur bourgeois y sont nombreux. Ils montrent à quel point le portrait d’enfant peut servir à attester de la puissance et de l’importance d’une famille. Comme aux siècles précédents, on peut parler de portraits d’apparat.

Les joies de la maternité, dans les milieux populaires ou plus aisés donnent à la femme le rôle qui lui revient à cette époque : faire des enfants et gérer le foyer. Mais on y sent aussi l’amour maternel et cette sérénité totale, cet épanouissement parfait ressenti par les mères aimantes tenant leurs enfants dans les bras.

Gaston La Touche Les phlox. Musée de la Roche-sur-Yon.

Gaston La Touche
Les phlox.
Musée de la Roche-sur-Yon.

L’exposition ne fait pas non plus l’impasse sur la misère noire qui existait à l’époque, Les tableaux de Fernand Pelez installent un malaise. On a un peu l’impression d’être des voyeurs comme lorsque nous regardons à la télévision ces hordes de réfugiés accompagnés de leurs enfants au bout de l’épuisement.

Pierre Puvis de Chavannes. La gardeuse de chèvres, 1893. Musée de Mâcon.

Pierre Puvis de Chavannes.
La gardeuse de chèvres, 1893.
Musée de Mâcon.

Heureusement les enfants ne sont pas seulement corsetés par leur éducation ou asservis par leur condition sociale. On les voit dans les jardins, dans la nature, sur la plage. Insouciants, ils sont totalement absorbés par leurs jeux et nous oublient. Et nous, nous retrouvons une âme d’enfant.

Exposition jusqu’au 3 octobre.

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Robin Massonnaud

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