Une Biennale des Antiquaires haute en peinture!

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Kees van Dongen "Femme allongée à Deauville", 1924 Boon Gallery

Kees van Dongen
« Femme allongée à Deauville », 1924
Boon Gallery

En cet après-midi du 9 septembre, le Grand Palais ouvre ses portes au vernissage de la plus prestigieuse manifestation de galeries d’art en France: la Biennale des Antiquaires.

Vilhem Hammershoi "Soleil dans le salon",1910 Amells Gallery

Vilhem Hammershoi
« Soleil dans le salon »,1910
Amells Gallery

La mise en place de la XXVIIIe édition de cette Biennale des Antiquaires a été pour le moins chaotique. Les grands joailliers de la place Vendôme, refusant de réduire la surface de leurs stands ont claqué la porte. Exit donc Cartier, Van Cleef, Mauboussin et autres grands noms comme le génialissime chinois Wallace Chan dont les créations s’inspirent de la Chine impériale et des somptueuses tenues des dames de l’entourage de l’impératrice Tseu-Hi. Bienvenue à de nouveaux créateurs comme la maison Boghossian, Cindy Chao ou le déjà très connu Grisogono et ses diamants noirs.

Philippe de Champaigne "Aurore tentant de retenir Céphale", vers 1627-1630 Galerie Jacques Leegenhoek

Philippe de Champaigne
« Aurore tentant de retenir Céphale », vers 1627-1630
Galerie Jacques Leegenhoek

La récupération de tous ces mètres carrés trustés par les joailliers a l’avantage d’augmenter la place réservée aux antiquaires et galeristes qui cette année seront au nombre de 120. La Biennale retrouve ainsi sa fonction initiale : présenter aux collectionneurs du monde entier ce qui se fait de mieux en matière d’art, de la plus haute antiquité à l’ère moderne. Le pari n’était pourtant pas gagné d’avance. Nombre d’antiquaires ont fait faux bond. D’autres galeries, pourtant prestigieuses, comme Aaron et Kraemer se sont vues refuser l’accès de la verrière en raison de leur compromission dans une retentissante affaire de fausses chaises vendues à de grandes institutions comme le château de Versailles. Ce « dégraissage » est bon signe car elle démontre à quel point ses organisateurs comme Dominique Chevalier, Président du syndicat national des antiquaires, sont soucieux de la qualité et de l’authenticité des objets proposés aux amateurs.

Pierre Soulages Sans titre, avril 1975 Opera Gallery

Pierre Soulages
Sans titre, avril 1975
Opera Gallery

Ce souci de bien faire et d’assurer la réputation de la Biennale permet aux organisateurs de proposer trois expositions de grande qualité. Le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg présente une trentaine de chefs-d’œuvre du XVIIIe siècle français dont un spectaculaire médaillier de l’atelier d’André-Charles Boulle. Le Mobilier National expose un bel ensemble de créations modernes alors que la Fondation de la Haute Horlogerie convie les visiteurs à un parcours initiatique de la maîtrise de l’heure.

Giovanni Boldini  "Portrait de la comtesse de Leusse" Bottegantica

Giovanni Boldini
« Portrait de la comtesse de Leusse »
Bottegantica

La sélection des galeries marchandes a donc été rude et scrupuleuse. Mais la Biennale profite de sa fusion avec Paris Tableau qui se tenait jusqu’à présent en automne au Palais Brongniart. Même s’il y a eu des défections, certaines galeries préférant se limiter à la TEFAF, cette édition 2016 sera placée sous le signe de la peinture. Et dans ce domaine, il y en aura pour tous les goûts.

Marc Chagall "Le coq bleu", 1960 Galerie Taménaga

Marc Chagall
« Le coq bleu », 1960
Galerie Taménaga

Les amateurs de peinture ancienne seront comblés. Suite à la magnifique exposition consacrée à Jérôme Bosch à Bois-le-Duc aux Pays-Bas, la galerie de Jonckheere, outre ses traditionnels et trés recherchés tableaux des Brueghel, consacre une partie de son stand au thème « Bosch, le premier cercle ». On peut y contempler des œuvres de deux de ses suiveurs Jan Mandijn (vers 1500-1560) et Pieter Huys (vers 1519-1584). On y retrouve les créatures étranges de Bosch, ces êtres hybrides à la fois drolatiques ou effarants avec plus de douceur chez le premier et plus de réalisme chez le second. On y voit aussi deux grands panneaux superbes baignant dans une atmosphère crépusculaires de l’école de Jérôme Bosch. Ils représentent « La Tentation de Saint Antoine ».
Florence de Voldère, elle aussi spécialiste des écoles du Nord, propose également une œuvre d’esprit Bosch. Réalisée par Jan Wellens de Cock (vers 1480-1527), elle représente Saint Christophe. On y trouve toutes les diableries de Bosch avec un foisonnement de grotesques et de burlesques entourant le Saint.

Camille Pissarro "Femme à la brouette", 1892 Richard Green

Camille Pissarro
« Femme à la brouette », 1892
Richard Green

Les artistes français du XVIIe siècle sont dignement représentés. Sur le stand de la galerie Leegenhoek, on peut admirer deux merveilles. « Aurore tentant de retenir Céphale » de Philippe de Champaigne (1602-1674) est une oeuvre de jeunesse. Elle représente un épisode des métamorphoses d’Ovide. Aurore dont l’étoile brille sur le front est séduire par le physique avantageux du chasseur Céphale. Enhardie par son coût de foudre, elle décide de l’enlever et de le séduire. Ce tableau très décoratif, au style enlevé, aux couleurs douces est assez inhabituel dans la production de l’artiste réputé pour ses sujets sévères et son style léché. Ce joli couple ornait certainement l’une des propriétés du cardinal de Richelieu. La même galerie présente également un jouer de guitare de Jean Daret (1614-1668). Né à Bruxelles, installé à Bruxelles, il devint peintre du roi Louis XIV et est surtout connu pour avoir eu la charge des pentures du château de Vincennes. Notre guitariste donne l’impression de chercher la note juste. Peut-être est-il en train de composer une chanson pour sa belle ! Cette scène intime est presque flamande dans sa composition.

Jean Daret "Joueur de guitare" Galerie Jacques Leegenhoek

Jean Daret
« Joueur de guitare »
Galerie Jacques Leegenhoek

La galerie néerlandaise P de Boer propose une magnifique nature morte de corbeille de fruits, une assiette avec des pêches, des coings , des nèfles et des noisettes sur une table. Le tableau, étonnant de réalisme, est l’œuvre de Balthasar van der Ast (1593-4-1657). L’artiste est comnnu pour ses nombreuses natures mortes de fleurs, de coquillages, de fruits et légumes. Ses œuvres figurent dans de nombreux musées hollandais dont le Mauritshuis de La Haye mais également français.

Fernand Léger "Composition à la plante verte", 1939 Cyzer & Zakaim

Fernand Léger
« Composition à la plante verte », 1939
Cyzer & Zakaim

Les paysages au clair de lune sont toujours fascinants par les jeux de lumière qui transpercent l’obscurité. C’est le cas de cette représentation de la Méditerranée la nuit avec un navire au loin et au premier plan des pêcheurs sur une barque éclairés par une torche. Ce tableau est de Francesco Fidanza (1749-1819) élève de Vernet. Il peignit de nombreuses toiles des baies d’Italie pour le prince Eugène de Beauharnais. La galerie Charles Beddington qui l’expose propose aussi un portrait de profil d’un africain. Il est l’oeuvre de Lorenz Frolich (1820-1908), artiste danois formé par Cristoffer Wilhem Eckersberg récemment exposé à la fondation Custodia puis à Paris par Thomas Couture. Professeur à l’Académie royale des beaux-arts de Copenhague, il est surtout connu pour ses illustrations de livres d’enfants. Le portrait présenté par la galerie Beddington est très réaliste et d’une grande sensibilité. Le modèle, de profil, les bras croisés, regarde vers le haut comme s’il espérait sa libération.

Amedeo Modigliani "Jeune fille à la frange", 1917 Galerie de La Béraudière

Amedeo Modigliani
« Jeune fille à la frange », 1917
Galerie de La Béraudière

Restons au Danemark pour évoquer les scènes d’intérieur de Vilhem Hammershoi (1864-1916). La lumière du Nord illumine les pièces, bien rangées, d’une propreté immaculée. Les personnages sont toujours de dos, contemplatifs ou assis occupés à écrire, à ravauder ou à lire. L’atmosphère est calme, d’une tranquille sérénité. Le temps passe… La galerie Amells expose un tableau de l’artiste réalisé en 1910 et déjà présenté à la TEFAF 2016. Il est splendide.

Balthasar Van Der Ast "Corbeille de fruits, assiette d'argent avec des pêches, des coings, nèfles, noisettes et un gendi sur un entablement" Kunsthandel P de Boer BV

Balthasar Van Der Ast
« Corbeille de fruits, assiette d’argent avec des pêches, des coings, nèfles, noisettes et un gendi sur un entablement »
Kunsthandel P de Boer BV

Le XIXe siècle et le début du XXe siècle marquent l’apogée du portrait mondain. Les modèles féminins y sont voluptueux, d’une élégance très étudiée. L’un des portraitistes les plus connus de cette époque est Giovanni Boldini (1842-1931). Son pinceau virtuose, léger, agile magnifie la beauté et la fragilité des femmes du monde. C’est le cas de ce délicat portrait de la comtesse de Leusse présenté par Bottegantica.
A la même époque Amedeo Modigliani (1894-1920) multiplie des portraits d’un tout autre genre. Le visage est schématisé, les silhouettes et les cous allongés. Les yeux des modèles sont vides ne laissant voir que les orbites. La jeune fille à la frange, peinte en 1917, proposée par la galerie de la Béraudière est l’archétype des portraits de Modigliani.

Lorenz Frolich "Africain de profil" Charles Beddington LTD

Lorenz Frolich
« Africain de profil »
Charles Beddington LTD

Comme à son habitude le britannique Richard Green, habitué des grands salons, expose de nombreuses toiles impressionnistes parmi lesquelles vous verrez une scène rurale de Camille Pissarro (1830-1903). Il s’agit d’une femme à la brouette marchant tranquillement dans un chemin vicinal du bocage normand. Elle est suivie d’une fillette aux longs cheveux blonds. La lumière est belle, la lueur du soleil se reflétant dans les feuilles des arbres.

Jan Wellens de Cock "Saint Christophe" Galerie Florence de Voldère

Jan Wellens de Cock
« Saint Christophe »
Galerie Florence de Voldère

Les tableaux de Kees Van Dongen (1877-1968) ont parfois un côté assez répétitif dans ses représentations de la parisienne à la mode des années 20. Ce n’est pas le cas de celle belle alanguie sur la plage de Deauville. Sous un beau soleil du matin, elle sort peut-être d’une soirée au casino et se repose sur la plage, les jockeys entraînant au loin leurs chevaux au bord de l’eau. Le tableau est exposé par la Boon gallery.

Jean Dubuffet "Fantoche", 1963 Landau Fine Art

Jean Dubuffet
« Fantoche », 1963
Landau Fine Art

De nombreux tableaux de Marc Chagall (1887-1985), artiste fécond s’il en est, figurent sur les cimaises des galeries. J’ai un faible pour ce coq bleu de la galerie Taménaga. Il représente une mariée sur un coq, l’artiste figurant dans le haut du tableau alors qu’on voit au loin la Tour Eiffel.

Enfin la modernité est bien présente. L’amateur ne saura où donner de la tête entre un Pierre Soulages noir sur fond bleu chez Opera Gallery, un superbe Jean Dubuffet « La cité fantoche » chez Landau Fine Art qui présente plus de cinquante œuvres exceptionnelles dont certaines sont proposées pour des montants dépassant largement les 10 millions d’euros ou une composition à la plante verte de Fernand Léger (1881-1955).

Francesco Fidanza "Côte Méditerranée de nuit avec pêcheurs" Charles Beddington LTD

Francesco Fidanza
« Côte Méditerranée de nuit avec pêcheurs »
Charles Beddington LTD

Pour vous étourdir d’art, un seul conseil : prenez la direction de Grand Palais ! Si vous ne le faites pas cette année, vous pourrez vous consoler en apprenant qu’il ne vous faudra pas attendre deux ans pour y aller. L’an prochain la Biennale revient car elle devient annuelle!

Pieter Brueghel le Jeune "La procession nuptiale" Galerie de Jonckheere

Pieter Brueghel le Jeune
« La procession nuptiale »
Galerie de Jonckheere

Biennale des Antiquaires, Grand Palais, du 10 au 18 septembre, de 11h à 20h, le 15 jusqu’à 23h. Prix d’entrée :35 euros.

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