Une séduisante Biennale des Antiquaires

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Arnold Böcklin et Peter Bruckmann Bouclier avec le visage de Méduse Galerie Maurizio Nobile

Arnold Böcklin et Peter Bruckmann
Bouclier avec le visage de Méduse
Galerie Maurizio Nobile

Oubliés les décors de faux Versailles, de palais italiens en carton-pâte, de moquettes imitant le gazon, de fausses statues ou d’envolées de tissus dignes de harems orientaux. Place à un décor sobre, structuré, sans fioritures et mignardises réalisé avec brio par Nathalie Crinière.

Alessandro Algardi dit l'Algarde Sainte Marie-Madeleine, 1634 Galerie Malaquais

Alessandro Algardi dit l’Algarde
Sainte Marie-Madeleine, 1634
Galerie Malaquais

Le public a lui aussi évolué. Plus chic, plus discret que dans les éditions précédentes, moins bling-bling et plus connaisseur, il parcourait le soir du vernissage les allées de la Biennale avec une certaine décontraction de bon aloi. Il régnait sous la verrière, par une chaleur accablante, une élégance estivale, une ambiance de vacances, comme une impression de passeggiata de début de soirée à Capri. Une belle, en robe Pucci et bijoux Bulgari, tenait à la main ses stilettos Manolo Blahnik et marchait pieds nus.

Armand-Albert Rateau Applique papillon, vers 1925 Galerie Mathivet

Armand-Albert Rateau
Applique papillon, vers 1925
Galerie Mathivet

Dans cette ambiance, les Antiquaires et galeristes, munis d’éventails estampillés Biennale accueillaient leurs invités pour leur présenter leurs merveilles. Les belles pièces sont nombreuses, certaines mêmes assez exceptionnelles, et l’on retrouve avec plaisir l’atmosphère de ferveur artistique et de goût de la collection et du bel objet, notions qui s’étaient perdues les années passées dans les démonstrations d’un show hollywoodien où « voir et paraître » semblait la seule préoccupation des visiteurs.

Miroir Chine, dynastie Tang (618-907) Bronze et nacre Galerie Gisèle Croës

Miroir Chine, dynastie Tang (618-907)
Bronze et nacre
Galerie Gisèle Croës

La galerie Maurizio Mobile présente ainsi un incroyable bouclier en plâtre peint d’Arnold Böcklin (1827-1901) réalisé en collaboration avec Peter Bruckmann. La méduse qui orne son centre est caractéristique des oeuvres symbolistes de cet artiste suisse, surtout connu pour son crépusculaire tableaux de « L’île des morts ».

Marino Marini L'idea del cavaliere, 1956 Bois polychrome, pièce unique Landau Fine Art

Marino Marini
L’idea del cavaliere, 1956
Bois polychrome, pièce unique
Landau Fine Art

La galerie Malaquais présente une magnifique terre cuite de Sainte Marie-Madeleine d’Alessandro Algardi di l’Algarde (1598-1654). Il s’agit d’u modèle original du bronze couronnant le reliquaire de l’église Saint-Maximin-la Sainte-Baume en Provence. Bénie par le pape Urbain VIII, elle sera installée dans l’église en 1635. Cette œuvre d’un artiste concurrent du Bernin est d’une profonde spiritualité. Le visage tourné vers le ciel, la chevelure sinueuse, la beauté des plissés du vêtement, tout contribue à l’expression de la passion chrétienne.
Restons dans la sculpture baroque et gagnons la galerie Sissmann qui présente des pièces magnifiques comme ce très beau Saint-Joseph et l’Enfant Jésus, terre cuite polychrome aux couleurs claquantes du XVIIIe siècle napolitain.

Armand Jonckers Table basse Lotus, 1979 Galerie Martel-Grenier

Armand Jonckers
Table basse Lotus, 1979
Galerie Martel-Grenier

La galerie Mathivet, spécialiste de l’Art déco propose sur son très beau stand plusieurs ambiances subtiles et feutrées. On y découvre une grande applique papillon d’Armand-Albert Rateau (1882-1938) en fer forgé, perles et albâtre exécutée par la maison Baguès. Elle était installée dans le pavillon de l’élégance lors de l’exposition des Arts Décoratifs de 1925 et provient de la famille de Jeanne Lanvin. Cette pièce d’une grande beauté fait écho aux superbes broches papillons de Cindy Chao dont les créations sont égales à celles de Wallace Chan.

Saint Joseph et l'Enfant Jésus Terre cuite, Naples, XVIIIe siècle Galerie Sissmann

Saint Joseph et l’Enfant Jésus
Terre cuite, Naples, XVIIIe siècle
Galerie Sissmann

Giselle Croës est certainement la plus grande des spécialistes des arts de la Chine. Elle propose toujours des bronzes archaïques absolument exceptionnels. Sur son stand, on ne sait où porter les yeux. On hésite entre une cloche en bronze de la fin de la dynastie Shang (1 600-1050 avant J-C), un miroir ou de précieuses dames de cour Tang (618-907 après J-C).

André Arbus et Vadim Androusov paire de fauteuils en bois noircina ccotoirs sculptés d'un buste féminin en bronze Galerie Yves et Victor Gastou

André Arbus et Vadim Androusov
paire de fauteuils en bois noirci, accotoirs sculptés d’un buste féminin en bronze
Galerie Yves et Victor Gastou

La sculpture moderne est également bien présente. Vous pourrez contempler plusieurs cavaliers de Marino Marini. Toninelli Art Moderne présente l’original de la sculpture « Saint Jacques à cheval », une œuvre poétique alors que Landau propose « L’idea del cavaliere » une grande sculpture en bois polychrome d’une rare intensité. Plus douces, plus rondes, plus sensuelles sont les œuvres de Baltasar Lobo qui n’aborde pas que le thème de la maternité comme cette jolie pièce de « Thésée et le Minotaure » exposée par Art Cuellar-Nathan.

Auguste Janniot Tête de la nymphe de droite de l'hommage à Jean Goujon, 1925 Galerie Michel Giraud

Auguste Janniot
Tête de la nymphe de droite de l’hommage à Jean Goujon, 1925
Galerie Michel Giraud

Pour les amateurs de sculpture Art déco, il faut gagner la galerie Michel Giraud qui présente une tête de nymphe d’Alfred Auguste Janniot (1889-1969) au marbre rosé d’une grande sensualité.
La Biennale est surtout réputée pour le beau mobilier. Avec les retentissantes affaires de faux compromettant de grandes galeries absentes du Grand Palais, on pouvait craindre la disparition de cette tradition. Ce n’est pas le cas.

Etienne Levasseur Commodeen laque du Japon, époque Louis XVI Sylvie Lhermite-King A la façon de Venise

Etienne Levasseur
Commodeen laque du Japon, époque Louis XVI
Sylvie Lhermite-King A la façon de Venise

On peut ainsi s’extasier sur le mobilier Haute Epoque de Gabrielle Laroche, les créations japonisantes d’Edouard Lièvre (1828-1886) chez Chadelaud, les fauteuils néo-classiques d’André Arbus et Vadim Androusov chez Yves Gastou et même trouver des commodes XVIIIe siècle de toute beauté. C’est le cas d’une commode de Levasseur en laque du Japon au motif de carpes. Présentée par Sylvie Lhermitte-King il s’agit certainement du plus beau meuble XVIIIe siècle de cette Biennale.

Couple d'oiseaux "Amlash", Nord de l'Iran, province du Gilan Age du Fer II ou III, 9e-7e siècle av J C Galerie Kevorkian

Couple d’oiseaux « Amlash », Nord de l’Iran, province du Gilan
Age du Fer II ou III, 9e-7e siècle av J C
Galerie Kevorkian

Parmi les meubles des années 50-70, en dehors des si confortables fauteuils et canapés « ours polaire » n et des meubles rigoureux de Charlotte Perriand proposés par Laffanour, la galerie Martel-Grenier expose une table basse en laiton ciselé. Création d’Armand Jonckers (né en 1939), elle a la forme d’une feuille de lotus avec ses nervures bien visibles. D’un diamètre de 150cm, elle pourrait paraître massive. Il n’est est rien bien au contraire. Cette table est presque légère comme un lotus posé sur l’eau.

Edgar Degas Femme assise s'essuyant le cou fusain et estompe sur papier calque Galerie de Bayser

Edgar Degas
Femme assise s’essuyant le cou
fusain et estompe sur papier calque
Galerie de Bayser

Il y a peu de dessins à la Biennale. Mais ceux présentés sont bien séduisants comme cette femme nue assise de dos et s’essuyant le cou après le bain. Degas (1834-1917) qui a réalisé ce fusain exposé par la galerie de Bayser a saisi avec pudeur cet instant d’intimité féminine. La même galerie propose un pot en grès émaillé à décor de moutons et de végétaux de Paul Gauguin (1848-1903), une oeuvre singulière dans le corpus de l’artiste.

Chauffe-mains à décors de saule, cerisier pleureur et roue à aube Période Edo (1603-1868), début XVIIIe siècle Galerie Mingei Japanese Arts

Chauffe-mains à décors de saule, cerisier pleureur et roue à aube
Période Edo (1603-1868), début XVIIIe siècle
Galerie Mingei Japanese Arts

La galerie Kevorkian s’est spécialisées dans l’archéologie orienale et présente souvent de petites terres cuites et poteries zoomorphes d’Iran ou d’Irak. Elles sont toujours très séduisantes dans leur schématisme et parfois même amusantes comme des représentations de bandes dessinées. C’est le cas de ce couple d’oisillons du Nord de l’Iran datant du 9e-7e siècle avant J-C.

Paul Gauguin Pot en grès émaillé à décor de moutons et motifs végétaux Galerie de Bayser

Paul Gauguin
Pot en grès émaillé à décor de moutons et motifs végétaux
Galerie de Bayser

Enfin dernier coup de cœur pour la galerie Mingei Japanese Arts qui sur son stand rend hommage à la nature dans l’art japonais. Vous y verrez des œuvres de vannerie raffinées mais également des objets en laque aux formes simples et aux motifs floraux comme ce chauffe-mains à décor de saule et cerisier pleureur du début du XVIIe siècle.

Baltasar Lobo Thésée et le Minotaure, pierre noire Art Cuéllar-Nathan

Baltasar Lobo
Thésée et le Minotaure, pierre noire
Art Cuéllar-Nathan

Un dernier mot : bravo aux organisateurs de la Biennale. Ils ont su la remettre sur les rails et on attend l’édition 2017, la Biennale devenant annuelle, avec impatience.

Biennale des Antiquaires, Grand Palais, du 10 au 18 septembre, de 11h à 20h, le 15 jusqu’à 23h. Prix d’entrée :35 euros.

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1 commentaire

laura

superbe !


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Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

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