Alma-Tadema ou le romantisme antique

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Lawrence Alma-Tadema, 1904. La découverte de Moïse. Collection privée.

Lawrence Alma-Tadema, 1904.
La découverte de Moïse.
Collection privée.courtesy Christie’s

Né à Dronryp, petite commune de la Frise hollandaise, proche de la ville de Leeuwarden, Lawrence Alma-Tadema (1836-1912) est très connu aux Etats-Unis et surtout en Angleterre où, à la fin du XIXe siècle, il était un artiste recherché et fort cher.
Hollandais d’origine, il n’y a donc rien d’étonnant à ce que le musée de la Frise, à Leeuwarden, lui consacre une exposition qui embrasse tous les aspects de sa brillante carrière, de ses débuts prometteurs à la découverte de l’Antiquité romaine en passant par sa vie familiale et mondaine et ses œuvres emblématiques qui servirent d’inspiration aux grands réalisateurs de péplums hollywoodiens.

Lawrence Alma-Tadema. Amo Te Ama Me, 1881. Collection du Fries Museum, Leeuwarden.

Lawrence Alma-Tadema.
Amo Te Ama Me, 1881.
Collection du Fries Museum, Leeuwarden.

Issu d’une famille bourgeoise, Lawrence aurait dû embrasser comme son père la carrière de notaire. Mais à Leeuwarden, il intègre une école d’art et, à 16 ans, s’installe à Anvers pour y étudier à l’Académie Royale des Beaux-Arts.
Au début de sa carrière, il trouve son inspiration dans son environnement familier, dépeint sa famille et les paysages hollandais, inspiré par ses illustres prédécesseurs du Siècle d’Or. La première salle présente ainsi de nombreuses œuvres dont un remarquable autoportrait et une série de tableaux consacrés à l’époque mérovingienne avec des représentations des reines Frédégonde et Radegonde. On y ressent déjà l’intérêt de l’artiste pour la représentation du passé et son goût de l’histoire.

Lawrence Alma-Tadema Coign of vantage, 1895. Collection Ann et Gordon Getty.

Lawrence Alma-Tadema
Coign of vantage, 1895.
Collection Ann et Gordon Getty.

C’est à l’âge de 27 ans lors de son voyage de noces en Italie qu’il se découvre une passion pour l’Antiquité et les fouilles de Pompéi. Il est fasciné par l’architecture et l’urbanisme romain, l’utilisation de l’espace mais également par tout ce qui touche à la vie quotidienne du monde antique. Tout l’intéresse : le mobilier, la vaisselle, les vêtements, les voitures, les sandales, les tentures… Il dessine beaucoup : des drapés, des aiguières, des objets créant ainsi un véritable répertoire de formes qui lui servira pour la réalisation de ses tableaux.
Dès lors, ses oeuvres illustrent la vie romaine antique avec une profusion de détails. On contemple une famille patricienne, richement vêtue, arrivant au théâtre, de jeunes élégantes conversant au balcon, l’échoppe d’un fleuriste, une vestale faisant une offrande aux Dieux, une belle alanguie sur un carrelage de mosaïques regardant des poissons dans un bassin.

Lawrence Alma-Tadema. Les roses d'Héliogabale. 1888 Collection Prérez Simon, Mexico.

Lawrence Alma-Tadema.
Les roses d’Héliogabale. 1888
Collection Prérez Simon, Mexico.

Au sommet de sa carrière, il se lance dans de grandes représentations. Le musée de Leeuwarden présente ainsi le célèbre tableau « Les roses d’Héliogabale ». On croit assister à une scène voluptueuse d’orgie romaine. Il n’en est rien. L’empereur sur un piédestal, entouré de ses favoris, fait déverser sur les convives des kilos de pétales de roses. Il ne s’agit pas de dissimuler ainsi les égarements de ces derniers mais de les étouffer. Ils périront tous dans ces effluves parfumées.

Autre illustration cette fois égyptienne : Moïse sauvé des eaux. Cet immense tableau, le plus cher jamais vendu de l’artiste (35,9 millions de dollars dans une vacation orchestrée par Christie’s) est l’une de ses dernières grandes commandes. Réalisé en 1904 à 68 ans, il représente la fille du pharaon ramenant le nourrisson trouvé sur le Nil dans un berceau d’osier. Rentrant au palais dans une superbe chaise à porteurs, protégée du soleil par de grands éventails de plumes, elle regarde l’enfant porté par ses suivantes. Ce tableau est la quintessence de l’art d’Alma-Tadema. Dans une mise en scène très étudiée, on est ébloui par la richesse des coloris et des détails, la beauté des tissus de lin, la luxuriance des fleurs.

Lawrence Alma-Tadema. Water pets.1874. Collection privée. Courtesy Christie's.

Lawrence Alma-Tadema.
Water pets.1874.
Collection privée. Courtesy Christie’s.

Cette impression de vivre les « délices de Capoue », on la retrouve dans de nombreux tableaux de petite dimension qui montrent des couples d’amoureux langoureux ou contrariés. Alma-Tadema illustre alors des poèmes et des nouvelles, replongeant les héros dans une Rome idéalisée. Le plus souvent, ils sont assis sur des bancs de marbre blanc avec une mer d’un bleu azur à l’horizon. Les tourtereaux sont de vrais « Roméo et Juliette » de la Rome des empereurs. En somme, Alma-Tadema a créé le concept inédit du romantisme antique et nous entraîne dans de délicieux atermoiements amoureux.

Il n’y a alors rien d’étonnant à ce que les grands réalisateurs hollywoodiens se soient nourris des tableaux d’Alma-Tadema pour leurs films. Cecil B de Mille s’est certainement inspiré des œuvres égyptiennes de l’artiste pour la réalisation des « Dix commandements ». Plus récemment, Ridley Scott pour « Gladiator » y a trouvé bien des thèmes de décor. Dans une des salles, celle qui présente les œuvres les plus glamour et emblématiques, les scénaristes de l’exposition ont eu la bonne idée de présenter sous forme de frise une sélection de films qui permettent au visiteur de les confronter aux tableaux dont les réalisateurs se sont inspirés.

Lawrence Alma-Tadema. Rivales inconscientes.1893. Bristol Museums and Art Gallery.

Lawrence Alma-Tadema.
Rivales inconscientes.1893.
Bristol Museums and Art Gallery.

Mais on aurait tort de réduire Alma-Tadema à ces seules représentations d’une Rome idéalisée et idyllique. L’un des mérites de cette exposition est de nous montrer un aspect moins connu de l’artiste : sa vie privée avec ses deux filles d’un premier mariage et sa relation avec sa deuxième épouse Laura Thérèse Epps, elle-même artiste de talent. On peut ainsi voir de rares tableaux de scène de famille de Lawrence et Laura. On a également le plaisir de pénétrer dans le somptueux hôtel particulier de 66 pièces qu’il occupait au faîte de sa gloire, un lieu qu’un journaliste de l’époque dépeignait comme un palais enchanté, un pays des fées, fréquenté par tout ce que Londres comptait de personnalités que l’artiste n’hésitait pas à portraiturer.
On suit également avec intérêt les liens qu’il peut y avoir entre son œuvre et celles d’autres grands artistes comme Gustav Klimt ou Frederic Lord Leighton.

Lawrence Alma-Tadema. L'entrée du théâtre.1866. Fries Musuem Leeuwarden.

Lawrence Alma-Tadema.
L’entrée du théâtre.1866.
Fries Musuem Leeuwarden.

Riche, adulé, anobli par la reine, le prix d’une seule œuvre de l’artiste permettait d’acheter toute la production de Van Gogh. Alma-Tadema pensait cependant au grand public et n’hésitait pas à réaliser des gravures plus accessibles aux moins argentés. Plusieurs exemplaires sont exposés.
Cette exposition de plus de 80 œuvres d’Alma-Tadema, dans une ville hollandaise inconnue des Français, mérite le déplacement. Elle est magnifique. Le catalogué édité en anglais est passionnant. Alors si vous hésitez à y aller en raison de l’éloignement (plus de cinq heures de train) profitez-en pour organiser un week-end en Frise. La Hollande du Nord a bien des atouts.

Fries Museum, Leeuwarden, Pays-Bas, « Lawrence Alma-Tadema, at home in antiquity », exposition jusqu’au 7 février 2017.
Pour plus de renseignements : www.holland.com/culture

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