La duchesse de Marlborough à New York

marche-de-l-art, publié le , mis à jour à

Paul César Helleu (1859-1927) Portrait de Consuelo Vanderbilt, duchesse de Marlborough, vers 1900. Pastel estimé 270 000 à 440 000 euros.

Paul César Helleu (1859-1927)
Portrait de Consuelo Vanderbilt, duchesse de Marlborough, vers 1900.
Pastel estimé 270 000 à 440 000 euros.

Sa vie est un roman, sa beauté réputée. Consuelo nait en 1877 dans une richissime famille américaine. Elle est la fille du roi des chemins de fer William Kissam Vanderbilt. Elle reçoit une éducation parfaite, maîtrise quatre langues et pratique, comme toute jeune fille de bonne famille, le dessin et la musique. Surnommée « Princesse-dollar » comme beaucoup de jeunes et riches américaines à marier, notre belle fait son entrée dans le monde en 1894 en Europe au bal donné par le duc et la duchesse de Gramont. Elle devient vite la coqueluche des grandes soirées londoniennes et reçoit rapidement cinq demandes en mariage. Mais sa mère a d’autres ambitions pour elle. Elle veut lui faire épouser le duc de Marlborough, l’un des pairs les plus prestigieux de Grande-Bretagne. Avec la complicité de lady Lansdowne, la tante du duc, elle va arriver à ses fins. Elle fait même réaliser par le peintre Carolus-Duran un portrait de sa fille dans le style des œuvres de Gainsborough, tableau qui se trouve toujours au château de Blenheim, propriété des Marlborough.

Le 6 novembre 1895, Consuelo épouse en grande pompe à New York Charles Spencer-Churchill, 9e duc de Marlborough (1871-1934). Ce dernier y trouve son intérêt. La dot de la mariée est colossale. Elle se monte à 20 millions de dollars ce qui représenterait aujourd’hui environ 4 milliards d’euros. Avec une épouse aussi richement dotée, le duc va pouvoir restaurer son immense palais qui en avait bien besoin.
Le mariage est un événement au point que la police doit contenir la foule de jeunes femmes amassées devant l’église épiscopale Saint Thomas, désireuses d’apercevoir la robe de la mariée.
Après une courte période de bonheur et la naissance de deux garçons, notre couple s’éloigne et se sépare en 1906. Consuelo se consolera dans les bras de l’aviateur français Jacques Balsan (1868-1956) qu’elle épouse en 1921. Dès lors, elle partagera sa vie entre son hôtel particulier de l’avenue Charles Floquet à Paris, sa maison d’Eze sur la Riviera et les Etats-Unis. Elle y meurt en 1964.

Cette personnalité de la haute société était un modèle de rêve pour les portraitistes. Elancée, avec un port de tête idéal et le cou d’un cygne, les yeux doux, la peau comparable à une porcelaine blanche de Chine, elle pose devant les plus grands : l’Américain John Singer Sargent (1856-1925) qui la représente avec son mari et ses enfants dans un immense tableau qui s’inspire des portraits royaux d’apparat de Van Dyck, l’Italien Giovanni Boldini (1842-1931) qui en fait une icône de la mode, l’archétype de l’élégante et enfin le Français Paul-César Helleu (1859-1927).

Ce dernier arrive à Blenheim au printemps 1900. Le duc est en Afrique du Sud et participe à la guerre des Boers. La duchesse s’ennuie et noue avec l’artiste une relation solide et intime. Il fait d’elle deux pastels, de nombreux dessins et cinq eaux fortes. L’une de ces gravures est très connue. Il s’agit d’une pointe-sèche qu’Helleu, lorsqu’il avait besoin d’argent, a beaucoup vendu passant outre aux souhaits de la duchesse qui ne souhaitait pas ainsi être mise à l’encan. La jeune femme, alors âgée de 23 ans, est de trois quart. Elle nous regarde d’un air mutin. Elle porte un grand chapeau à plumes et une étole de fourrure autour du cou. Consuelo semble sur le point de sortir, se rendant certainement à l’une de ces manifestations mondaines où sa présence est indispensable.

Le magnifique pastel qui sera vendu par Christie’s le 26 octobre prochain à New York est plus intime. La jolie duchesse de 23 ans est tranquillement assise dans une bergère Louis XV, un volumineux ouvrage sur les genoux. Elle porte une robe d’après-midi crème en mousseline de soie et son long cou est ceint d’un grand ruban rose. Tout est paisible, le temps s’écoule lentement. La belle duchesse est tirée de sa lecture par l’artiste. Elle le regarde avec douceur, sa petite bouche esquissant un début de sourire. Helleu est certainement amoureux de son modèle. Mais la belle garde son livre ouvert et a bien l’intention de s’y replonger. La complicité entre le peintre et le modèle est certaine. Jusqu’où va-t-elle ? La fille d’Helleu croyait probable une aventure entre eux. A vous d’en juger !

Ce pastel sensuel est estimé 270 000 à 440 000 euros.

Christie’s New York, Art Européen du XIXe siècle, vente du 26 octobre.
Copyright : Christie’s images limited 2016.

AILLEURS SUR LE WEB

Contenu proposé par Taboola

Commentez cet article

Votre commentaire sera publié directement et modéré a posteriori. En publiant vous acceptez la charte des commentaires

Aucun commentaire

A propos du blog

Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

Voir mon profil

Instagram
  • Porte d'immeuble à Prague avec atlante #prague #praha #praguejetaime #prahailoveyou #pragueiloveyou #ilovepraha #iloveprague #iloveyoupraha #artnouveau #secession #jugendstil #jugendstill #czechart #czecharchitecture

Follow Me!

Abonnez-vous à notre newsletter

Commentaires récents

S'abonner au flux de ce blog

[De quoi s'agit-il?]

Archives

Retour vers le haut de page