Collection Félix et Irina Youssoupoff, images de la Russie impériale

marche-de-l-art, publié le , mis à jour à

Portrait du prince et de la princesse Félix Youssoupoff. Leur collection sera dispersée le 4 novembre prochain.

Portrait du prince et de la princesse Félix Youssoupoff.
Leur collection sera dispersée le 4 novembre prochain.

Quelle existence romanesque ! Ils connurent les fastes et la richesse des grandes familles de la Russie des Romanov, les tourments de la Révolution bolchévique et l’exil, la vie d’émigrés à Paris puis, avec l’apparition de la société de consommation après-guerre, une forme d’oubli ou plutôt d’indifférence polie.

Félix Youssoupoff (18878-1967) appartenait à l’une des plus grandes familles princières de Russie. Les domaines des Youssoupoff étaient immenses, leur fortune considérable, supérieure disait-on à celle du tsar. Enfant surprotégé, adoré par sa mère, Félix devint un jeune homme élégant, raffiné, à la beauté androgyne et à la vie dissolue qui n’hésitait pas à afficher son homosexualité et à fréquenter les bars interlopes de Saint-Pétersbourg déguisé en femme.

En février 1914, il épouse la timide, discrète et très belle Irina Alexandrovna de Russie (1895-1970), nièce du tsar Nicolas II qui, à cette occasion, leur offre 29 diamants bruts de trois à sept carats. Ce couple assez étonnant restera indéfectiblement uni dans le bonheur comme dans l’adversité.
C’est en 1916 que Félix commet l’acte qui le rendit célèbre aux yeux du monde. Il participe, dans son superbe palais de la Moïka à Saint-Pétersbourg, à l’assassinat de Raspoutine. Parmi ses complices, le grand-duc Dimitri Pavlovitch qu’on soupçonne d’avoir été son amant.

Costume de boyard porté par le prince Youssoupoff lors d'un bal à Londres en 1912. Estimation: 30 000 à 40 000 euros.

Costume de boyard porté par le prince Youssoupoff lors d’un bal à Londres en 1912.
Estimation: 30 000 à 40 000 euros.

En 1917, en pleine révolution, Félix emporte en Crimée bijoux et toiles de grands artistes roulées en cylindres. Il quitte la Russie en 1919 sur un cuirassé de la Royal Navy qui transporte également l’impératrice Marie Féodorovna, mère du tsar Nicolas II, récemment tué avec son épouse et ses enfants à Iekaterinbourg.
Commence alors pour Félix et Irina une vie d’exil assez douce. Grâce à la vente des bijoux de la famille et de tableaux de maîtres, dont deux Rembrandt, les Youssoupoff s’installent en France dans une vie bourgeoise. Ils créent même en 1924 une maison de couture Irfé, contraction de leurs deux prénoms. Leur vie durant, ils resteront une figure marquante de l’immigration russe et n’hésiteront pas à aider les exilés moins favorisés qu’eux.

Icône tryptique de voyage en argent du prince Félix Youssoupoff. Estimation: 25 000 à 30 000 euros.

Icône triptyque de voyage en argent du prince Félix Youssoupoff.
Estimation: 25 000 à 30 000 euros.

Le prince meurt en 1967, suivi trois ans après par la princesse. Tous deux sont enterrés au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois en région parisienne.
On se souviendra longtemps de leur silhouette fragile dans l’interview qu’ils accordèrent à Alain Decaux en 1967, peu de temps avant la disparition de Félix. Images d’un monde à jamais englouti, d’une Russie magnifique et fantasque, leur élégance, leur maintien et la complicité qui les unissait toujours nous touchent encore aujourd’hui.
Le 4 novembre prochain, à Drouot, le public éprouvera certainement la même émotion lors d’une vente organisée par la maison Coutau-Bégarie avec l’aide de l’expert Cyrille Boulay. Il s’agit de vendre la collection du prince et de son épouse qui était jusqu’à présent détenue par Victor Contreras, un artiste mexicain qui vécut longtemps dans l’intimité du couple. L’ensemble proposé est rare et témoigne du luxe qui entourait les grandes familles princières russes.

Icône triptyque de voyage en vermeil de la princesse Irina Youssoupoff. Estimation: 35 000 à 40 000 euros.

Icône triptyque de voyage en vermeil de la princesse Irina Youssoupoff.
Estimation: 35 000 à 40 000 euros.

La pièce la plus emblématique de cette vie fastueuse est sans conteste le costume de boyard porté par le prince lors d’un bal donné à l’Albert Hall à Londres en juillet 1912. En brocart d’or, fourrure, taffetas de soie, broderies de perles et de fil argenté, il est d’une richesse inégalée. Ce costume n’est pas sans rappeler le bal extraordinaire donné en février 1903 par le tsar Nicolas II au Palais d’Hiver. C’est le dernier grand bal de l’empire et tous les invités portent des costumes inspirés de l’époque du deuxième tsar de la dynastie Romanov, Alexis Mikhaïlovtich. C’est une débauche de brocarts, de velours vénitiens, de tissus d’or et d’argent, de joyaux montés ou cousus sur les vêtements. Plusieurs de ces somptueux costumes sont encore aujourd’hui visibles à l’Ermitage.

Sceau à cacheter du tsar Nicolas II. Estimation: 8 000 à 10 000 euros.

Sceau à cacheter du tsar Nicolas II.
Estimation: 8 000 à 10 000 euros.

Deux objets attestent également de ce luxe mais ils montrent également la ferveur religieuse des élites russes de l’époque. Il s’agit de deux icônes de voyage, l’une appartenant à la princesse l’autre au prince. L’icône de la princesse est clairement moderne, d’inspiration Art Nouveau surtout dans le décor d’anges protecteurs des portes d’émaux qui se referment sur la représentation du Christ bénissant. Celui du prince est de facture plus classique avec ses sobres portes en argent. Le prince était très attaché à cette icône qui se trouvait sur la table de chevet de sa chambre à coucher à Paris : il ne s’en séparait jamais et l’accompagnait dans tous ses voyages.

Icône de voyage de la princesse Youssoupoff, portes ouvertes.

Icône de voyage de la princesse Youssoupoff, portes ouvertes.

On trouve d’autres témoignages de la Russie des tsars comme ce sceau à cacheter du tsar Nicolas II en argent et malachite ou cette statuette de Jupiter Fulgure, attribuée à Benvenuto Cellini (1500-1571), reposant sur une colonne en or rose, un socle en or jaune serti de deux saphirs, l’ensemble reposant sur quatre pieds en corail. Mais on remarque aussi de nombreuses pièces d’orfèvrerie, d’objet Fabergé, des dessins de grotesques du prince Félix ou encore des lettres et photographies des familles Youssoupoff et Romanov.

Jupiter Fulgure Attribué à Benvenuto Cellini (1500-1571) Collection du prince Félix Youssoupoff. Estimation: 200 000 à 250 000  euros.

Jupiter Fulgure
Attribué à Benvenuto Cellini (1500-1571)
Collection du prince Félix Youssoupoff.
Estimation: 200 000 à 250 000 euros.

Le temps d’une vente, l’amateur renoue avec la magnificence et la grandeur de la Russie des tsars.

Collection de la princesse et du prince Félix Youssoupoff, Coutau-Bégarie, Hôtel Drouot, 4 novembre 2016 à 13h30. Expositions le 2 novembre de 11h à 18h, le 3 novembre de 11h à 21 h.

AILLEURS SUR LE WEB

Contenu proposé par Taboola

Commentez cet article

Votre commentaire sera publié directement et modéré a posteriori. En publiant vous acceptez la charte des commentaires

3 commentaires

Madame doityourself

Une collection sublime à l’image de la Russie d’autrefois, majestueuse et rayonnante.


Répondre

vins

Tres beau résumé.
rien de cela serait arrivé si il n aurait pas tout pris en crimé..


Répondre

Celine

Très belle collection Russe.
Une page d’histoire


Répondre

A propos du blog

Robin Massonnaud

Robin Massonnaud, alias Robin des Arts surveille le marché et traque les prix dans les salles de ventes, les salons, les brocantes, pour le plus grand bonheur des chineurs ?

Voir mon profil

Instagram
  • Veules-les-Roses dans le pays de Caux #normandie #normandietourisme #paysdecaux #paysdecauxmaritime #normandy

Follow Me!

Abonnez-vous à notre newsletter

Commentaires récents

S'abonner au flux de ce blog

[De quoi s'agit-il?]

Archives

Retour vers le haut de page