L’univers glacé et fascinant de Richter

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Gerhard Richter (né en 1932) Eisberg, signé et daté 1982 (100,5 sur 151 cm) Estimation: 8 à 12 millions de livres

Gerhard Richter (né en 1932)
Eisberg, signé et daté 1982 (100,5 sur 151 cm)
Estimation: 8 à 12 millions de livres

Gerhard Richter est un artiste discret, loin du barnum médiatique de l’art contemporain. Il se dit lui-même de santé moyenne, de taille moyenne, et moyennement beau, des qualités qu’il juge nécessaire pour peindre de bons tableaux. A mon sens, c’est pourtant le plus grand des artistes contemporains. Il est surtout connu pour ses immenses tableaux abstraits où se mêlent les couleurs. Ils sont sobrement nommés « Abstraktes bild », c’est-à-dire « Toile abstraite ».

Ses « photos-peintures », toiles tirées de photos prises par l’artiste sont moins célèbres. Elles représentent des paysages immenses, nus, dans lesquels l’homme n’a pas sa place. C’est l’un d’eux qui sera vendu le 8 mars prochain à Londres chez Sotheby’s. Il appartient à la courte série (trois tableaux pas un de plus) des vues du Groenland baptisée « Eisberg ». Réalisé en 1982, peu de temps après son divorce d’avec sa première épouse, ce grand tableau aux couleurs froides représente une mer calme, sur laquelle flottent des icebergs, le tout dans une lumière bleutée. Au sujet de cette série, l’artiste confiait qu’il avait eu l’envie de peindre quelque chose de beau. L’œuvre est composée d’après une photo prise par Richter lors d’une croisière au Groenland effectuée pour échapper aux tracas de la vie quotidienne à Düsseldorf et oublier ses espoirs déçus en tant que mari, père et artiste.

Cette vision glacée et désolée, d’une pureté totale est d’une beauté absolue. On y décèle aucune trace de poésie, de recherche d’un paradis perdu ni la moindre exaltation de la nature même si elle s’inspire des toiles si romantiques de Caspar David Friedrich (1774-1840). La nature est hostile, inhumaine. C’est ce qui en fait la grandeur. Eisberg est le parfait reflet d’une déclaration de Richter : « Les tableaux sont sans objet ; mais comme tout objet, ils sont l’objet d’eux-mêmes. Ils n’ont par conséquent ni contenu, ni signification, ni sens ; ils sont comme les choses, les arbres, les animaux, les hommes ou les jours qui, eux aussi n’ont ni raison d’être, ni fin, ni but. Voilà quel est l’enjeu ». L’extrême froideur de l’œuvre la rend exceptionnelle, parfaite.

Vente Art contemporain, Sotheby’s Londres, 8 mars.

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