Rik Wouters ou le fauvisme belge

marche-de-l-art, publié le , mis à jour à

Rik Wouters Autoportrait sans chapeau, 1911 Collection privée

Rik Wouters
Autoportrait sans chapeau, 1911
Collection privée
photo Vincent Everart

Je vous propose de faire un test. Postez-vous à la sortie du musée d’Orsay et interrogez les visiteurs. Demandez-leur s’ils connaissent Rik Wouters. Il y a fort à parier que la grande majorité d’entre eux vous répondra par la négative. Pourtant, ce peintre et sculpteur né à Malines en 1882 et mort à Amsterdam en 1916 est un artiste majeur de la Belgique du début du XXe siècle. Moi-même il y a encore dix ans, je ne le connaissais pas. C’est à la Brafa de Bruxelles que j’ai découvert pour la première fois l’artiste sur le stand de la galerie Francis Maere, ébloui par la palette vive de ses toiles. Et chaque année en janvier, j’ai toujours eu hâte de contempler de nouveaux tableaux chez Francis Maere ou Oscar de Vos.

Rik Wouters Reflets, 1912 Collection privée

Rik Wouters
Reflets, 1912
Collection privée
copyright Olivier Bertrand

Il fait actuellement l’objet d’une grande et fort belle exposition au musée royal des Beaux-Arts de Bruxelles. On y découvre un ensemble de tableaux, de dessins et de sculptures de toute beauté aux couleurs éclatantes, entre fauvisme et avant-garde.
Ses débuts furent difficiles. Il commence sa formation artistique à douze ans auprès de son père, fabricant de meubles et rencontre très jeune l’amour de sa vie Nel, sa future épouse et sa muse, qui lui servira inlassablement de modèle durant sa brève existence.
Sans le sou, le jeune couple est contraint de vivre chez le père de Rik. Ses premières œuvres ne rencontrent pas le succès et pour vivre il exécute des commandes purement alimentaires comme de la peinture sur porcelaine. C’est seulement vers 1910 que les critiques deviennent encourageantes mais les ventes sont encore rares. Il participe pourtant à de nombreuses manifestations: Exposition Universelle de 1910, Salon des Indépendants de 1911…

Rik Wouters Le flûtiste, 1914 Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

Rik Wouters
Le flûtiste, 1914
Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique
Photo J Geleyns-Roscan

C’est la rencontre avec le galeriste George Giroux qui lui assurera la sécurité. Il signe avec ce dernier un contrat qui lui assure un revenu mensuel et un pourcentage sur le produit des ventes en échange de l’exclusivité de sa production. Rik Wouters, soulagé des soucis du quotidien entre alors dans une période de grande production peignant ainsi une soixantaine de toiles en 1912. La consécration arrive en 1914 lors d’une exposition à la galerie Giroux mais la guerre éclate et Rik Wouters est mobilisé.
Envoyé au front l’artiste supporte difficilement les horreurs qui l’entourent. Il se plaint également de violents maux de tête, premiers symptômes du cancer qui l’emportera. Hospitalisé puis démobilisé il s’installe avec son épouse à Amsterdam et continue à peindre malgré des douleurs incessantes. Il réalise encore une exposition en février1916 et meurt quelques mois plus tard, le 11 juillet.

Rik Wouters Contemplation, 1911, bronze Anvers,Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen

Rik Wouters
Contemplation, 1911, bronze
Anvers,Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen
copyright Lukas artin flanders vzw, Hugo Maertens

Cette existence semble bien triste et l’on pourrait s’attendre à une œuvre sombre. Il n’en est rien. Fasciné par l’œuvre de James Ensor, émerveillé par les toiles de Cézanne et de Van Gogh, Rik Wouters dépeint la vie quotidienne dans sa tranquille et rassurante monotonie: lecture au salon, repassage, promenade, repos face aux beautés de la nature. Sur ses toiles, Nel, son épouse, est omniprésente. Tout est doux, calme, serein. On a l’impression d’être dans une bulle de bonheur loin des tracas du quotidien de l’artiste. Ses couleurs sont pâles, surtout à ses débuts, puis deviennent, dans ses dernières années, plus vives, plus intenses. Grâce à sa palette contrastée, la toile absorbe notre regard.

Ses paysages sont un bonheur, une ode à la variation des saisons. Bois, toits de villages, chemins vicinaux, grands arbres feuillus, le pâle soleil des pays du Nord les enveloppe d’une luminosité caressante.

Rik Wouters Femme à la mantille, 1913, pastel Lige, musée des Beaux-Arts de La Boverie

Rik Wouters
Femme à la mantille, 1913, pastel
Liège, musée des Beaux-Arts de La Boverie

Ses sculptures diffèrent de ses oeuvres colorées. L’exposition nous présente plusieurs bustes de femmes. En bronze ou en plâtre, ils sont moins délicats que ses toiles, plus brusquement charnels et sensuels. C’est également le cas de l’une de ses œuvres les plus connues, « La vierge folle ». Inspirée des mouvements d’Isadora Duncan, Nel s’efforça de reproduire jusqu’à l’épuisement les mouvements de la danseuse afin que son époux puisse exprimer l’essence même de la danse. On y saisit la puissance du mouvement mais aussi la joie de la danse.

L’exposition vaut le détour. Si vous passez un week-end à Bruxelles, il ne faut surtout pas la manquer.

Rik Wouters, exposition au Musée Royal des Beaux-Arts de Bruxelles, jusqu’au 2 juillet 2017

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